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Publié le par Lady Writer

 

Voici le contenu de mon ancien blog...

Je viens d'apprendre par mail que mon dernier roman ne sortira pas en poche, alors que les derniers ont été pris par une grande maison poche. La raison ? Eh bien, je ne "vends pas assez". Toujours merveilleux à entendre. On a vraiment l'impression d'être la mauvaise élève, la dernière de la classe. C'est sûrement vrai, d'ailleurs, cette histoire de chiffres. Ces gens ont certainement besoin de rendre des comptes à des gens encore plus importants qu'eux et qui sont très regardants sur les chiffres. Les fameux chiffres. Vous ne vendez pas plus de 3000 ex en librairie ? Pas plus de 8000 ex en poche ? Merci et au revoir.

Merci monsieur Machin. Je me sens si soutenue par votre illustre maison parisienne. Sur ce, je pars cuver mon énervement et mon désespoir ailleurs.

Abyssus abyssum invocat.

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J'ai trouvé un bureau, un vrai, pour la première fois de ma vie et dans mon bled pourri. Je vais pouvoir y aller tous les matins et commencer ce nouveau roman qui m'angoisse. (Enfin qui m'angoissait, vu que cette angoisse venait surtout du fait que je ne me sentais plus capable de l'écrire chez moi, mon chez moi étant envahi de bruit et d'agitation.) A présent, je n'ai plus aucune excuse pour de pas m'y mettre. J'ai déjà toute l'histoire en tête. Mais c'est en parlant avec Rose l'autre jour, en parlant vraiment à fond, librement, en lui livrant l'intrigue, qu'un pan tout entier du livre est apparu. Et tout à coup j'ai compris comment j'allais construire ce livre, autour de quoi. Je n'ai pas encore parlé à mon editeur parisien du sujet de ce livre; je lui ai dit qu'il fallait d'abord que je le commence, que je voie comment il me vient, comment il tient la route, pour enfin me sentir capable de lui en dévoiler l'intrigue. Mais il ne me presse pas, il est patient. Grande qualité, chez un éditeur.

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Mon éditeur parisien se demande si sortir un roman en mars 2007 avec la présidentielle en ligne de mire est une manoeuvre sensée. Moi, je n'ai pas d'avis la dessus, c'est son boulot à lui. Mais d'un autre côté, il y a bien des gens qui vont continuer à lire, non ? Et pas forcément des livres sur les éléctions ? Le problème, c'est que pour la promotion, tous les journaux, tous les magazines, toutes les télés, toutes les radios vont se concentrer sur cette satanée élection. Donc ce qui veut dire : beaucoup moins de presse, beaucoup moins de média pour les romanciers. Alors que faire ? Attendre septembre 2007 et le flot énorme de livres à ce moment là ? Cela me fait peur. Ce sera mon dixième roman publié, et j'ai toujours aussi peur. On pourrait se croire blasée, mais non, on ne l'est pas. Non, on ne l'est jamais.

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A Paris, je me suis récemment pliée au merveilleux excercice du service de presse. Quelle corvée. Seule devant une pile immense de votre oeuvre. Des etiquettes, une liste. Les VIP qu'il faut faire partir en premier par coursier, parce que eux, vous comprenez, ils ne peuvent pas attendre, explique votre attachée de presse très parisienne. Mais on finit toujours pas découvrir que ce n'est pas parce que cette poignée de journalistes très préssés et très parisiens reçoivent votre oeuvre en premier qu'ils vont forcément faire un article dessus. Las. J'ai dû faire une dizaine de services de presse dans ma vie et j'en arrive enfin à cette conclusion. Je pense qu'il faut cibler, c'est à dire envoyer le livre aux journalistes (parisiens ou pas) qui vous ont suivi, qui aiment ce que vous faites. Point. Se farcir d'un mot doux à chaque personne ne sert à rien. La plupart de ces gens ne liront pas votre livre, de toute façon. Ils le donneront à leur gardienne, ou le revendront dans un célèbre magasin de la rive gauche. Un conseil pour les premiers romanciers pour qui c'est un exerice inédit. Courage. Patience. N'en mettez pas des tartines, et évitez le "cordialement". Et pensez surtout à la presse régionale, véritable vivier de journalistes efficaces qui lisent les livres, (eux!) aiment découvrir de jeunes talents et se foutent royalement des us et coutûmes de Saint Germain-des-Près.

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En surfant sur le net dans mon bled perdu, je tombe souvent sur des Blogs d'auteurs souhaitant se faire editer. Je lis régulièrement leur prose et je dois dire que la plupart du temps, elle me plaît. Ces personnes ont du talent. Mais j'aimerais leur dire quelque chose. Ce n'est pas parce qu'on trouve un éditeur qu'on sera forcément heureux avec cet éditeur. Ce n'est pas parce que cet éditeur vous publie que vous vous sentirez reconnu et apprécié. Ce n'est pas parce qu'on publie votre livre que vous avez "fini", que vous êtes arrivé là où vous vouliez arriver. Non. Ce n'est que le début. Et c'est souvent bien ardu. C'est un peu comme le mariage. Tant de femmes (les hommes aussi, mais moins, je crois!)rêvent de se marier. Elles rêvent de la robe blanche, de la bague, des petits fours, de la pièce montée. Mais il y a le lendemain matin. Et l'année d'après. Et toutes les années à venir. Et le mari qui ronfle, qui prend du ventre et devient chiant. Un éditeur, c'est pareil. J'ai divorcé deux fois (dans la vraie vie) et j'ai eu trois éditeurs, donc j'en ai quitté deux. Cela se passe toujours mal, quand on quitte un éditeur. Trouver l'éditeur de votre vie, c'est encore plus difficile que de trouver l'homme ou la femme de votre vie. Et je sais de quoi je parle.

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J'ai quitté Paris après mon deuxième divorce et mon septième roman. Besoin de prendre l'air, besoin de m'eloigner de ce petit cercle "germano-pratin". A l'aube de la cinquantaine, il y a maintenant quelques années. Besoin de me retrouver moi-même, de couper les ponts avec un milieu qui commencait à m'exaspérer, à faire que je ne savais plus qui j'étais. L'éditeur de l'epoque n'était pas content. "Pourquoi allez vous vous enterrer dans ce trou perdu ? Vous allez perdre tout contact avec la vraie vie." Comme il a eu raison. Mais comme il a eu tort aussi, car la vraie vie, elle est ici, dans le charme et le secret de cette vieille maison des pyrénées, de ces gens du village qui à présent me considérèrent comme une des leurs, dans cette nature qui n'a jamais cessé de m'enchanter.

Mais la vieille maison est remplie en ce moment, agitée, bruyante, et le sera pendant plusieurs mois. D'où l'importance capitale d'avoir trouvé un bureau. C'est fait. Tout l'été, j'irai travailler dès potron-minet, aux heures fraîches.

Les romancières ne sont jamais en vacances. Et c'est tant mieux comme ça.

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En fait, j'ai eu plus de deux éditeurs. Quatre. Mais pour l'un d'entre eux, numéro 2, ça ne compte pas vraiment, j'ecrivais en tant que "nègre" pour une star du cinéma (que voulez vous, j'ai eu besoin d'arrondir mes fins de mois, et avais encore une horde d'adolescents à la maison et un homme absent dans tous les sens du terme.) Le premier je crois a été le pire. Fat, arrogant et macho. Grande maison de la rive gauche. Souvenirs pénibles. Déjeuners interminables et effluves de cigare. Numéro trois, fut une longue collaboration, (on va appeler ça comme ça) mâtinée de confiance, séduction, revirements, déceptions, espoirs, attentes, énervements, prises de bec, reconcilations et bouderies. Numéro Quatre, c'est le petit nouveau. Il croit en moi; c'est pas beau, ça ? Il croit en mes livres. 20 ans dans ce milieu et enfin une personne qui aime ce que je fais. Vraiment. Et qui me le dit. Donc ne perdez pas espoir, vous qui lisez ces lignes. Oui, c'est dur à trouver. Mais ça se trouve. Exactement comme un grand amour. Au moment où on n'y croit plus.

 

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Une amie romancière est venue me rendre visite dans mon exil. Elle me ramène des nouvelles de Paris, elle y vit, la pauvre petite. Mais elle a quelques années de moins que moi, et sûrement plus d'energie. Elle aussi, elle change d'éditeur et nous avons parlé de ce ces transferts qui finalement restent assez intimes. Nous avons pris l'apéritif à l'ombre de la tonnelle, loin de la rumeur de la grande maison envahie d'enfants, chiens, musiques et footeux de tous âges. Il faisait une chaleur lourde et grise, mais bien moins écrasante, paraît-il, qu'à Paris. Son prochain roman à elle sort en septembre, elle a déjà fait son service de presse, et attend fébrilement les retours des journalistes.

Comme moi, elle quitte une grosse maison pour une équipe plus petite. Et comme moi, ça lui plaît. Dans une grosse maison, vous êtes un auteur parmi des dizaine d'autres. Vous attendez votre tour. Dans une petite, vous êtes souvent leur auteur phare. C'est assez grisant. Et valorisant.

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Au risque de dérouter certains, non, je ne suis pas en quête de reconnaissance et je n'ai pas ouvert ce blog dans cette optique. Je n'ai pas non plus envie de dévoiler mon identité, et jouer à cache-cache avec vous ne servirait à rien. Oui, j'ai publié un certain nombre de romans, et oui, j'ai eu du succès immédiatement, et oui, c'est bien plus difficile à présent. Comme tout, dans la vie, d'ailleurs. Le temps passe et les emmerdes commencent. Mais ne croyez pas non plus que que je pleure sur mon sort. Je vis de ma plume, mes enfants sont grands et envolés, ma petite-fille est une splendeur. Des hommes passent, et vont, certains restent, d'autres non. Je suis libre. J''ai longtemps joui d'une mauvaise réputation dans ce petit milieu vaniteux parisien de l'édition. Pourquoi ? Parce que je venais du sud, parce que je disais ce que pensais et parce que j'écrivais ce que je pensais. Trois raisons pour me rendre impopulaire. Ce qui m'a sauvée, c'est l'appui des lecteurs.
Parce qu'un éditeur, au fond, si vous vous vendez, il ne peut pas vous en vouloir. Et il le sait.

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Il existe à Paris, rive Gauche, un hôtel cossu et imposant, historiquement important et qui reste le lieu de prédilection des rendez-vous de l'édition. On s'y retrouve de préférence le soir, au bar, dans une ambiance feutrée et tamisée. On y discute, on y glôse, on note qui est avec qui, on sourit, ou on fait semblant de ne pas voir quelqu'un. C'est là que j'ai vu mon éditeur actuel pour la première fois. Mais je ne savais pas encore que cette jeune personne, dont on m'a murmuré, "Regarde, c'est lui, c'est X," allait jouer un rôle aussi crucial dans ma vie, quelques années plus tard. Je ne savais pas encore qu'un manuscrit que je croyais maudit allait finir entre ses mains. Je ne savais rien, et je regardais cette jeune personne avec un certain sourire. Je ne vais plus à l"hôtel L, mais quand j'y pense, je pense à ce jour là.

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Béatrice 10/09/2006 09:59

Je ne sais si je dois sourire ou m'effondrer. J'emmagasine en tout cas précieusement vos réflexions. J'en suis au numéro 2. Il est gros et Rive Gauche. Je viendrai relire ces lignes dans quelques mois.
La revente des livres par les journalistes , c'est trop fort, comme diraient des ados que je connais! Je suggère ici aux journalistes revendeurs de bouquins de les donner aux pauvres. Voila qui serait classe!

Lady Writer 11/09/2006 13:12

Alors, vous avez souri, ou vous vous êtes effondrée ??
LW

un fan 23/07/2006 22:18

J'aimerais tant savoir qui vous êtes Lady Writer.